Les graines semées en 1995 autour du feu de camp pyrénéen qui vit Manu,Guizmo et Mali harmoniser leur voix pour la 1ere fois ont donné
des plantes luxuriantes.Le quatuor à la main verte ne s'est pas contenté d'exploiter l'énergie fossile du reggae de ses débuts.Optant pour une créativité renouvelable,Tryo s'est épanoui en
s'ouvrant au monde tout en restant fidèle à ses valeurs d'engagement et de convivialité.
Un titre « marcher droit » règle son compte à la désillusion du 6 Mai 2007 et à l'ultra -libéralisme du nouveau président
tout en mettant en perspective de vrais enjeux :la valeur du libre arbitre,le droit à la différence.
Le groupe a choisi de s'impliquer encore plus activement aux côtés de l'association Greenpeace.
Moins frontal peut-être que dans « Mamagubida » (1998), « Faut qu'ils s'activent » (2000) et « Grain de
sable » (2003),l'engagement de leur dernier album « Ce que l'on sème » sait user de la poésie et des métaphores pour sensibiliser l'auditeur aux soubresauts du monde .Par la
voix « rastagénique » de Guizmo,c'est un arbre qui prend la parole dans « tombé mal » pour interpeller l'homme qui par la déforestation se fait encore plus de mal à lui-même
qu'à la forêt.Comme souvent dans ce disque,la thématique d'une chanson pousse la musique vers d'autres continents. Ici le chant en dialecte Eton de la camerounaise Sally Nyolo imprègne le morceau
d'animisme africain.
De la même façon ,la passion de Manu pour les raggas hypnoptiques de la musique indienne a pu illustrer « Arhundati Roy » consacré à la romancière du même
nom, celèbre pour son activisme pacifiste et social dans la patrie de Gandhi.Autre horizon,celui de la cause touareg evoquée dans « Abdallah » au son de la guitare slide de Daniel
Jamet gorgée de ce blues dont aiment jouer les hommes bleus »
Premier single extrait de l'album, « Toi et moi » confronte l'omniprésence de l'information,la dureté des temps et la singularité d'une histoire
d'amour,le plaisir fragile de l'instant présent. Pont parfait entre le Tryo d'hier et celui d'aujourd'hui,le morceau fusionne l'évidence des contretemps jamaicains et le raffinement des
arrangements de cordes de Vincent Segal.
Enregistré dans l'isolement reposant d'une vieille et grande maison de Saint-Rémy de Provence , « Ce que l'on sème » résonne aussi de la tendre
nostalgie des musiques brésiliennes. Une samba,guidée par les percussions de Pablo Mendez finit par envahir « Quand les hommes s'ennuient ».La féminité mélancolique d'une bossa chantée
par Mali porte idéalement l'histoire de cette femme en quête d'enfant dans « une saison de trop ».Décoré de l'émouvante trompette d'Ibrahim Malouf « El dulce de leche » vibre
également d'une fibre latine pour évoquer cette chronique intime de l'émigration et du statut de réfugié politique,inspiré du parcours de Daniel ,le percussioniste chilien du
groupe ;
photo:Le
groupe Tryo que j'ai vu en concert mercredi!